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Un papier de Muriel Steinmetz de l'humanité est paru le 20 juin dernier et aborde les difficultés que rencontrent certains des acteurs nordistes...
« Peut-être notre dernière fête de la musique »
Certains cafés-concerts du Nord-Pas-de-Calais s’inquiètent pour l’avenir de leurs structures.
Les Têtes Raides lancent un appel à la mobilisation en cette journée de Fête de la musique, sous le titre : « Pas de fête sans musique ! Pas de musique sans culture ! Pas de culture sans nous ! 21 juin boum ! » L’heure est grave. Nous avons demandé à quelques-uns des acteurs des musiques actuelles fortement menacés dans leur survie, comme c’est le cas dans le Nord-Pas-de-Calais, de réagir à cet appel. Nous avons donc contacté François Jolivet à la tête du réseau RAOUL qui réunit dix-sept cafés-concerts dans la région, et Christian Legay, propriétaire d’un café-concert, l’Abattoir, implanté depuis trente-trois ans dans le Nord, qui s’est vu récemment retirer la majeure partie de ses aides. Nous avons voulu prendre de leurs nouvelles fraîches deux mois après la conférence de presse du 21 avril à Roubaix (lire l’Humanité du 25 avril 2008) qui témoignait des décisions néfastes de la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) dans la région Nord-Pas-de-Calais, de supprimer certaines subventions allouées à leurs pratiques. François Jolivet nous apprend qu’il a, depuis, été reçu à deux reprises par Mme Chatenay-Dolto, directrice de la DRAC. « Elle nous a dit qu’elle ne reviendrait pas sur sa décision, nous précise-t-il. L’appel des Têtes Raides, c’est très bien, ajoute-t-il, car il y en a marre de voir les moyens concentrés à ce point et de plus en plus sur les gros équipements au détriment des petits. C’est une erreur stratégique, en plus, car on fait fi du maillage territorial et d’un certain public. »
Depuis avril, donc, c’est la survie pour ces petits lieux inscrits de longue date dans le paysage régional. Ainsi en va-t-il de Christian Legay, propriétaire de l’Abattoir depuis 1975. « L’appel des Têtes Raides c’est une très bonne chose, nous dit-il. Il faut que tout le monde se batte, car si on se laisse faire, dans trois ans et dix mois il n’y aura plus un seul endroit comme le nôtre. Sarkozy et le gouvernement Fillon se fichent pas mal des cafés-concerts. Ce n’est pas assez rentable. Ils n’en ont strictement rien à cirer. Ils préfèrent mettre des sous ailleurs. S’ils mettent de l’argent pour faire la fête avec Dany Boom à Lille, c’est nous qui trinquons. À l’Abattoir, on est entrain de voir comment s’en sortir. On cherche des aides à droite, à gauche. Pour 2008, ça va aller mais pour 2009, je ne sais pas. On fait du rafistolage. Dans les années à venir, il n’est pas sûr que la région va reconduire son aide, pas sûr qu’elle va continuer à prendre la place de l’État. Ce lieu existe pourtant depuis trente-trois ans. C’est le premier endroit labellisé du Nord-Pas-de-Calais. Alors, cette année, c’est peut-être bien notre dernière Fête de la musique… »
Muriel Steinmetz